Candice Breitz
Waiting room
The waiting room, installation de Nicolas Juillard, manifeste un autre type de durée, celle dont chacun de nous fait l'expérience entre la naissance et la mort. Une fois entré dans un austère silo d'acier, le spectateur est confronté à un crâne grandeur nature qui tourne sur lui-même au-dessus de cet espace intime. Au-delà de la référence au thème morbide de la vanitas, thème qui fascine l'histoire de l'art et la littérature depuis des siècles, cette tête de mort offre peu de ressemblance avec le crâne anamorphique de Holbein ou avec celui, fraîchement sorti de terre, qui inspire une tirade célèbre du fossoyeur de Hamlet. Le crâne de Juillard est paré d'une mosaïque d'éclats de miroirs, comme sur les boules discos des boîtes de nuit. Les orbites, naguère habités par des yeux, accueillent désormais des hauts-parleurs diffusant une bande-son dérangeante et irrévérencieuse : des samples manipulés extraits de films porno se mêlent à des bouts de chansons rock de circonstance, créant une musique qui laisse le spectateur franchement mal à l'aise. La claustrophobie induite par cet espace clos, venant s'ajouter à cette musique grinçante, évoque une sorte de purgatoire. Mais Juillard ne semble pas ici vouloir moraliser (le thème de la vanitas a toujours eu une dimension morale), ni même déplorer notre rapide et inévitable course vers la mort.Il situe sa tête de mort, si longtemps le symbole d'une mort imminente, dans une pièce qui ressemble moins à un confessionnal qu'à un night club, sauf pour les dimensions. En réalité il semble que les réflexions de Juillard sur la brièveté de la vie s'inscrivent dans une lignée moins ortodoxe de la vanitas. Marins et motards ornent de crânes leurs bateaux et motos, sans parler des biceps, depuis presque aussi longtemps que les peintres méditent sur les brièvetés de la vie. L'ubiquité du tatouage « tête de mort » dans ce type de contre culture n'a pas grand chose à voir avec la crainte religieuse de ce qui nous attends dans l'au-delà.Le crâne tracé à l'aérographe sur la Harley-Davidson, ou grossièrement cousu sur le blouson de cuir, exprime une conscience et une acceptation de la mort, et partant le désir de jouir pleinement de chaque instant. Cette philosophie qui s'incarne dans la devise « vivre vite, mourir jeune » représente une réponse toute différente à l'inquiétante certitude de notre mort prochaine. The Waiting Room indique que Juillard appartient plutôt à cette autre école de vanitas.